
La relecture de cet article est émouvante, car beaucoup de ce qui a guidé notre action éducative et pédagogique y est… Nous le vivions, le nez dans le guidon. Et le relire avec le recul des années apporte encore plus de profondeur à ces souvenirs…
René-Paul Descoins, l’auteur de cet article, a été principal du collège de la Madeleine, dans les années 80, collège qui s’est appelé collège Russelsheim, collège Pablo Néruda… Pas trouvé trace de la revue Synergie sur le net, ni trace de l’auteur de cet article, en dehors de ce texte.
la Part one est ICI!
Part two
Le sport scolaire, c’est beaucoup plus que le sport…
« l’AS, ajoutent-ils tous les deux, c’est aussi l’occasion d’éviter la spécialisation. On s’initie à tout. Et puis c’est aussi beaucoup plus que la pratique sportive. C’est l’ambiance. Les gâteaux que l’on fait pour le mercredi après-midi et que l’on partage tous ensemble. Le plaisir du groupe. Au mois de juin on fait une fête : « la nuit des épis d’or », on remet les récompenses, on accueille beaucoup de parents. Bientôt, le 12 mars, on va faire une soirée vidéo pour projeter les films réalisés pendant les cross. Les autres élèves s’intéressent aussi à l’AS. Chaque jeudi, ils demandent les résultats et dans le hall du collège le lendemain de certaines épreuves, la vidéo fonctionne toute la journée! »
« En fait, l’AS a lieu tous les jours, souligne Sophie Felix, entre 12h et 14h ou le soir après les cours. Le lundi et le mardi pour les sports collectifs, le jeudi et le vendredi pour l’athlétisme ».
« le mercredi matin, intervient serge Masson, nous mettons en place une passerelle avec le primaire. On va faire une ? {sorry, le mot est effacé sur ma photocopie!…Séance? Compétition?} d’athlétisme avec les CM1 et CM2 pour mieux les connaître avant leur arrivée en 6è ».
Comme je m’étonne un peu de ce dynamisme qui me semble exceptionnel, ils…{tout effacé!}
« Vous savez, on n’est pas les seuls! Pont-Audemer fait encore mieux que nous et dans notre district, plusieurs autres AS sont très actives : Rugles par exemple où nous allons aujourd’hui et l’Immaculée de Damville. Mais c’est vrai : on ne compte pas notre temps. On a même créé un club d’athlétisme à St André pour y retrouver des élèves qui ont quitté le collège et veulent continuer à s’entraîner. D’ailleurs, ça plaît beaucoup aux élèves de savoir qu’on s’entraîne aussi, parfois avec eux. Ainsi notre parole passe mieux »
Avec les élèves…
14 heures. Nous sommes maintenant dans le collège de Rugles. dans le gymnase. Les benjamins 2 s’affrontent en handball. Les Verts {ce n’est pas St Etienne, c’est St André} contre les Rouges {c’est Rugles}. Les Verts dominent et mènent vite 2-0. Sur la touche, les filles encouragent leurs copains. Elodie, Estelle, Béatrice sont en 5è. Il y a aussi Nathalie et Karine qui sont en 6è. » On aime l’AS, me dit Estelle, parce qu’on s’y amuse bien, on y retrouve nos camarades, il y a une bonne ambiance et les profs sont super-sympas! ». Elodie confirme : « bien sûr, on va à l’AS parce qu’on aime le sport mais aussi parce que l’AS, c’est des fêtes, des surboums, les copains et les copines ».
« A l’AS, déclare Béatrice, on fait du hand comme aujourd’hui, mais aussi du hockey, du basket, du foot. Oui, insiste-t-elle, même les filles font maintenant du foot ».
« Bientôt, m’expliquent-elles en choeur, on va faire un stage à St Nazaire, à côté de nantes. pendant les vacances de Pâques ».
Les benjamins de St André ont gagné 4-0. Ce sont maintenant les filles qui sont sur le terrain. Béatrice, qui a un sacré shoot, Elodie, estelle, se distinguent et les Vertes vont encore l’emporter sur les Rouges. J’en profite pour discuter un peu avec les garçons. malgré les apparences, ils sont plus timides que les filles. Guillaume qui a 12 ans et est en 5è, me confie : « On aime jouer et gagner ». {…..ma photocopie est effacée! je suppose que ce sont des prénoms de garçons…}, David approuvent.
« Mais ce qui nous plaît aussi, ajoute t-il, c’est qu’on fait des déplacements : on va à Damville, à Breteuil, à Rugles, et on fait un peu de tout : du rugby, du hand, du foot, bientôt de l’athlétisme. »
Les filles de St André ont battu les filles de Rugles. C’est au tour des benjamins 1 d’entrer sur le terrain. pendant ce temps-là, à l’extérieur, le rugby commence. Après le hand, le hockey, le rugby, les matches se succèdent sans interruption. St André, sauf en rugby, accumule les victoires et la joie des garçons éclate : « On se ballade! On est les meilleurs! » s’écrient Xavier, Nicolas, David et bien d’autres en rentrant aux vestiaires. C’est dire que s’ils ne jouent pas uniquement pour gagner, la victoire est tout de même l’un des premiers plaisirs. personnellement, je n’ai jamais cru qu’il suffisait de participer…
17 heures. Dans le car qui retourne vers St André, si la radio n’a rien perdu de sa vigueur, les voix, elles, se sont affaiblies et les dialogues sont désormais plus assourdis, on goûte, on somnole : on a passé une bonne journée.
Une AS extraordinaire?
Ai-je vécu cet après-midi là avec une association sportive extraordinaire? On pourrait le croire. Elle obtient de bons résultats. Elle a participé l’an dernier, en minimes garçons, au championnat de France de cross. Il y a deux ans au championnat national d’athlétisme avec les benjamins. Elle vient de remporter définitivement le challenge Marcel Guillot. Pour un collège rural, sans environnement sportif de haut-niveau, tout cela est remarquable.
Elle bénéficie, c’est indéniable, d’atouts qui ne sont pas le lot de toutes les autres : un principal qui croit aux vertus du sport, un ouvrier d’entretien qui lui donne beaucoup de son temps.
Elle joue dans le collège un rôle fondamental : elle anime tout l’établissement et les élèves s’y identifient volontiers. Elle le doit essentiellement à des professeurs d’EPS qui savent communiquer leur passion et leur enthousiasme. Et pourtant il demeure une ombre ou plutôt une absence : celle des autres professeurs. Ils ont d’autres choses à faire diront certains. Des choses plus sérieuses, penseront même quelques autres. Sans doute. Mais je me prends tout de même à rêver : et si les associations sportives, au-delà même du sport, devenaient un point d’appui central pour la rénovation éducative et pédagogique? Et si elles permettaient aux collèges de développer une rénovation ancrée dans la vie, la vie quotidienne, la vraie vie où les élèves donnent d’eux-mêmes une image positive : celle de la réussite? C’est un autre sujet, mais qui pourrait croire qu’on perdrait son temps à le traiter?